Cherif Lamrani : Une Flamme en OR
Le groupe Lemchaheb ne peut pas être évoqué sans citer le nom d’un de ses fondateurs : Chérif Lamrani. Décédé le 20 octobre 2004, cette légende aura marqué en lettres d’Or l’histoire de la musique marocaine. Portrait

Sa vie est synonyme de passion musicale. Il semblait être prédestiné
à jouer un rôle important voire primordial dans l’histoire de la
musique marocaine, celle des années 70. Cette personne, on l’aura
deviné, est Moulay Cherif Lamrani, l’un des fondateurs du groupe
Lemchaheb. Un groupe dont la renommée avait atteint son apogée
pendant les années 70. Après Nass El Ghiwane et Jiljilala, c’était
au tour de Lemchaheb de venir enflammer les foules avec la force de
leur verbe qui prônait la lutte contre l’injustice. Les paroles de
Lemchaheb chantaient la souffrance des petites gens aussi bien au
Maroc que dans d’autres contrées. Ces mêmes paroles venaient animer
une volonté de changement et de vie meilleure dans un contexte de
malaise social. Un malaise qui a donné naissance à une effervescence
culturelle et artistique à l’exemple des années 60 en Europe.
Chérif Lamrani faisait partie de ceux qui voulaient participer à ce
changement du moins attirer la sonnette d’alarme sur une situation
sociale qui était intenable. Chacun selon sa condition sociale
essayait de défendre à sa manière des principes qui avaient pour son
fil conducteur : la lutte contre l’injustice. Ecrivains,
artistes-peintres, poètes, chacun usait de son arme pour défendre
ces mêmes principes. Chérif avait lui sa passion pour la musique. Il
avait la musique dans le sang. Le fondateur de Lamchaheb était
affilié à la musique, grâce à son père, connu pour avoir longtemps
dirigé un orchestre à Oran.
Malgré le fait qu’il travaillait comme dessinateur dans une société
nommée Carnaud, un grain de sel manquait à sa vie. Il ne voulait pas
rater sa vocation, alors il décida de fonder un groupe de musique à
l’exemple de Nass El Ghiwane. La volonté de Chérif était tellement
forte qu’elle finit par se concrétiser. Nous sommes en 1973.
L’histoire de Lamchaheb est née autour d’une table de « La Comédie
», célèbre café du centre ville de Casablanca. C’est dans ce même
espace, où Moulay Chérif Lamrani viendra solliciter l’aide de
Mohamed Bakhti, l’ancien régisseur du groupe Nass El Ghiwane et de
Taggada. Il lui demanda de diriger à ses côtés un nouveau groupe
qu’il voulait créer. « Je sais que tu as travaillé avec Nass El
Ghiwane, on veut monter un groupe comme eux, aide-nous ». Mohamed
Bakhi acceptera sa demande avec grand plaisir et se lancera à la
quête de jeunes talents avec lesquels ils pourront monter leur
groupe. Bakhti va auditionner des groupes de passage à Casablanca et
finira par tomber sur une perle plus ou moins rare : les Tyour
Ghorba (Oiseaux d’Exil), originaires de Marrakech. Le groupe est
composé de deux frères nommés les frères Bahiri, et d’une jeune
fille de 15 ans Saïda Birouk. En 1973, le groupe, composé de Chérif,
Saïda et les frères Bahiri voit officiellement le jour. Il signe
chez Barclay, à l’époque en prospection au Maroc et entame ses
premiers enregistrements dont les premiers classiques « Al Khyala,
Bladi ». Le groupe est d’ores et déjà lancé.
Chérif dessinera les fameux costumes en flamme jaune et rouge qui
sont le label du groupe. Sa mère qui était couturière confectionnera
les costumes. Le groupe devait se mettre sur son 31 car les
premières prestations scéniques avaient déjà commencées. Leur
premier spectacle date de 1973 où ils avaient organisé une soirée au
Théâtre municipal de Casablanca. Ce même spectacle les propulsa au
devant de la scène internationale. C’est ainsi, que la Royal Air
Maroc et la Banque populaire se proposaient de sponsoriser leur
première tournée en Europe en 1974. Le groupe encaissera 700 DH par
soirée. De retour au Maroc, le groupe enchaîne concert après
concert. Cinéma Saâda, complexe Kawakib à Derb Soltane, autant
d’espaces qui se sont vus animés par la flamme inextinguible de
Lemchaheb. Mais malgré leur succès grandissant, Chérif avait proposé
à Mohamed Bakhti de continuer à la recherche d’autres talents. En
outre, après le départ des frères Bahiri, la recherche de nouveaux
musiciens devenait plus que jamais une nécessité. En plus de cela,
le groupe avait besoin d’une voix grave. « Il nous faut de nouvelles
gammes vocales, nous n’irons pas loin dans notre configuration
actuelle » déclarait à l’époque Chérif à Mohamed Bakhti. Mais cette
crise ne sera que passagère, le groupe ne tardera pas à être
renforcé par la présence de nouveaux membres. Mohamed Batma, Mobarak
Chadili ainsi que Mohamed Hamadi faisait partie du groupe. Mais ce
qui est clair, c’est que Chérif Lamrani était comme le parrain du
groupe.
Accompagné de son instrument original qu’il avait inventé. C’était
la mandoline que lui avait léguée son père et dont il avait allongé
le manche. En effet, non seulement Chérif Lamrani possède la qualité
d’avoir créé un répertoire de pas moins de 250 chansons, ce
musicien, avait inventé un nouveau instrument qu’il n’a pas quitté
durant plus de 35 ans. Cette même mandoline était même le véritable
cachet musical de la troupe, nous dit-on. Sa disparition a laissé un
vide dans le groupe. « Sa place est restée vide et nous n’avons pas
trouvé quelqu’un de son niveau », affirme Mohammed Bakhti. Mais, ce
qui est sûr, c’est que même après sa mort, la musique et surtout la
philosophie de Chérif continuera à abriter les esprits de ses
amateurs, ô combien nombreux.